1. Qu'est-ce que la DOETH ?
La Déclaration Obligatoire d'Emploi des Travailleurs Handicapés (DOETH) est une obligation légale introduite par la loi du 10 juillet 1987, renforcée par la loi Avenir professionnel de 2018 et ses décrets d'application. Elle concerne toute entreprise dont l'effectif est égal ou supérieur à 20 salariés.
Le principe est simple : chaque entreprise doit employer des travailleurs en situation de handicap à hauteur de 6 % de son effectif total. À défaut, elle est redevable d'une contribution financière versée à l'URSSAF (ex-contribution AGEFIPH), dont le montant varie selon la taille de l'entreprise et le niveau d'écart au seuil.
Depuis le 1er janvier 2020, la DOETH est déclarée directement via la DSN (Déclaration Sociale Nominative), ce qui renforce l'automatisation du contrôle et réduit les marges d'erreur déclaratives. Les entreprises multi-établissements calculent leur obligation au niveau de l'entité juridique, pas établissement par établissement.
2. ESAT et EA : quelles différences ?
Les Établissements et Services d'Aide par le Travail (ESAT) et les Entreprises Adaptées (EA) sont les deux principales structures du secteur du travail protégé et adapté en France. Toutes deux emploient majoritairement des personnes en situation de handicap, mais leurs statuts juridiques et leurs modalités de fonctionnement diffèrent.
Les ESAT
Les ESAT sont des établissements médico-sociaux sous tutelle de l'État (ARS). Ils accueillent des personnes dont la capacité de travail est inférieure à un tiers de celle d'un travailleur valide. Les travailleurs ESAT ne sont pas sous contrat de travail au sens du Code du Travail : ils bénéficient d'un accompagnement médico-social intégré. Les ESAT produisent des biens et services pour le compte de clients extérieurs (sous-traitance industrielle, blanchisserie, espaces verts, prestations intellectuelles, etc.).
Les EA
Les EA sont des entreprises de droit commun agréées par l'État dont au moins 55 % des effectifs sont des travailleurs reconnus handicapés. Contrairement aux ESAT, les travailleurs EA sont en CDI ou CDD classiques. Les EA sont soumises aux mêmes contraintes que les entreprises ordinaires (TVA, URSSAF, conventions collectives) mais reçoivent des aides à l'emploi spécifiques. Elles proposent souvent des prestations de services qualifiées : informatique, logistique, propreté, communication, etc.
3. Les achats responsables comme levier DOETH
La loi reconnaît explicitement que les dépenses de sous-traitance réalisées auprès des ESAT et EA peuvent être déduites de la contribution DOETH. Cette disposition est souvent désignée sous le terme de « voie de la sous-traitance » ou « minorations ESAT/EA ».
En pratique, le montant des dépenses éligibles est converti en unités bénéficiaires (UB), qui viennent s'additionner aux UB liées aux travailleurs handicapés directement employés. L'effet est donc double : réduction directe de la contribution financière ET valorisation de l'engagement RSE de l'entreprise.
Ce levier est particulièrement pertinent pour les entreprises qui peinent à recruter directement des profils RQTH en raison de leur secteur d'activité ou de leur localisation géographique. Il offre également une visibilité accrue sur l'impact social de leurs achats, ce qui répond aux exigences croissantes des reportings ESG et des appels d'offres publics.
4. Comment sont calculées les unités bénéficiaires issues des achats ESAT/EA ?
Le calcul est encadré par les articles du Code du Travail et précisé dans les instructions URSSAF. Le principe général est le suivant :
- Le montant hors taxe des achats réalisés auprès de l'ESAT ou de l'EA est collecté sur la période de référence (année civile).
- Ce montant est divisé par 2 000 fois le SMIC horaire brut en vigueur au 1er janvier de l'année de référence (soit une valeur approximative de 700 € par UB en 2024).
- Les UB ainsi obtenues sont plafonnées à 50 % de l'obligation totale de l'entreprise. Une partie de l'obligation doit donc obligatoirement être couverte par de l'emploi direct ou d'autres modalités.
Un suivi précis des bons de commande, des factures et de l'agrément de chaque prestataire ESAT/EA est indispensable. Un fournisseur dont l'agrément est expiré ou dont le statut a changé peut invalider rétroactivement les déductions.
5. Structurer sa démarche d'achat responsable
Une démarche d'achat responsable auprès des ESAT et EA ne s'improvise pas. Les entreprises qui en tirent le plus de valeur, à la fois réglementaire et RSE, ont généralement mis en place les éléments suivants :
Cartographie des besoins éligibles
Identifier les familles d'achats compatibles avec une prestation ESAT/EA : maintenance, logistique, impression, conditionnement, espaces verts, services numériques, etc.
Sourcing et qualification des prestataires
Identifier les ESAT et EA locaux ou nationaux capables de répondre au besoin, vérifier leur agrément et leur capacité de production, obtenir les éléments contractuels nécessaires à la déduction DOETH.
Contractualisation et suivi
Formaliser les contrats, suivre les dépenses par prestataire en temps réel, et produire les attestations nécessaires pour la déclaration DOETH annuelle.
Reporting et valorisation RSE
Intégrer les données d'achats responsables dans les reportings RSE, les bilans ESG, et les réponses aux appels d'offres publics ou privés exigeant des critères d'achat responsable.
6. Les erreurs courantes à éviter
- ✕Confondre annuaire et partenariat structuré : trouver un ESAT via un annuaire en ligne ne suffit pas. La relation doit être contractualisée et les achats tracés pour être déductibles.
- ✕Ne pas vérifier l'agrément : un prestataire dont l'agrément ESAT ou EA est suspendu ou expiré ne génère aucune UB déductible, même si la prestation est réalisée.
- ✕Sous-estimer le plafond de 50 % : les achats ESAT/EA ne peuvent couvrir que la moitié de l'obligation. Une stratégie reposant exclusivement sur la sous-traitance sera insuffisante.
- ✕Déclarer sans pièces justificatives : en cas de contrôle URSSAF, l'absence de contrats, factures et attestations peut entraîner un redressement sur les montants déduits.
- ✕Traiter la DOETH comme une contrainte isolée : les entreprises qui intègrent les achats ESAT/EA dans leur politique RSE globale obtiennent un meilleur retour, en image employeur, en accès aux marchés publics, et en engagement des équipes internes.
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